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Ces entreprises qui surfent sur la vague bio 
 
 
Bien qu’encore très minoritaire dans la production de Rhône-Alpes, le bio a le vent en poupe. État des lieux d’une filière qui se structure, s’adapte à la demande, pour évoluer vers des produits et des stratégies de plus en plus élaborés.
Avec près de 49 000 hectares en mode de production biologique (soit 3,3 % de sa surface agricole utile), Rhône-Alpes est aujourd’hui la région la plus “bio” de France. À l’image de l’agriculture régionale, les productions biologiques sont très diversifiées : fruits et vignobles de la vallée du Rhône, plantes à parfum, aromatiques et médicinales de la Drôme provençale, maraîchage aux abords des grandes villes, productions fourragères et grandes cultures… “La région occupe le premier rang à l’échelle nationale pour la production de fruits biologiques (20 % du total) et de plantes à parfum, aromatiques et médicinales (40 %)”, indique-t-on à Corabio (Coordination Rhône-Alpes de l’agriculture biologique), à Valence. Dans cet ensemble, la Drôme se distingue particulièrement, avec 8,8 % des surfaces agricoles utiles consacrées au bio. La première place de Rhône-Alpes ne se limite pas à la production, puisque 13 % des entreprises françaises de transformation de produits bio sont régionales. Et avec Bjorg, La Vie Claire ou Satoriz, Rhône-Alpes compte quelques poids lourds nationaux du secteur, tant dans la fabrication que dans la distribution.

Une place de leader national
Comment expliquer cette place de leader national ? Pour Jacques Pradier, directeur de R3AP, le Comité de promotion des produits de Rhône-Alpes, la géographie y serait pour beaucoup. “Rhône-Alpes bénéficie d’un contexte exceptionnel, s’enthousiasme le directeur. Outre une diversité de climats sans équivalent en France – on passe ici du climat méditerranéen au climat continental ou montagnard en quelques minutes, de la Bourgogne à la Provence, et des contreforts du Jura à ceux du Massif central… –, il existe une proximité de grands centres urbains et la présence de produits typiques et qualitatifs. Près de 30 % des producteurs de la région sont engagés dans des démarches qualitatives (appellations d’origine contrôlée, Label rouge, etc.). Autant dire qu’ici, peut-être plus qu’ailleurs, les entreprises ont l’habitude de travailler avec des cahiers des charges contraignants. Le bio fait lui aussi partie de cette recherche de la qualité. Et la présence d’acteurs importants de la transformation compte également.”


Markal commercialise de plus en plus à l’export : “L’Europe a été l’initiatrice du bio, mais la demande en Amérique du Nord, au Moyen-Orient ou en Australie est en train de décoller”, se réjouit Olivier Markarian.
Photo D. Lattard





Une tendance porteuse
On peut ajouter à ces raisons des incitations directes, comme la participation financière du Conseil régional aux coûts de certification des agriculteurs bio. La volonté de préserver l’environnement et de consommer des produits plus naturels représente en outre une aspiration de plus en plus présente chez les consommateurs. “Le marché nous porte”, témoigne Joël Lapalue, viticulteur à Saint-Jean-Saint-Maurice (Loire), qui produit bon an mal an 50 000 bouteilles de côtes roannaises AOC et de vins de pays d’Urfé, issus de raisins de l’agriculture biologique cultivés sur ses douze hectares du Clos Saint-Jean. “Ce n’était pas le cas lors de notre installation, il y a dix ans, quand le fait d’être producteur bio provoquait au mieux des sourires en coin. Aujourd’hui, cela nous ouvre de nouveaux marchés et nous aide à surmonter la crise viticole mieux que nos voisins”, ajoute-t-il. Si les transformateurs de produits bio sont encore souvent eux-mêmes producteurs, comme Joël Lapalue, ils sont aussi, et de plus en plus souvent, issus de l’industrie agroalimentaire traditionnelle, qui a compris l’intérêt économique de cette niche en expansion. C’est le cas de Langloys Traiteur, une PME de 30 salariés située à Ceyzériat (Ain) qui a lancé une gamme de neuf soupes de légumes certifiée AB en 2005. Aujourd’hui, pour le traiteur, le bio représente 6 % d’un chiffre d’affaires global de 5 ME. “C’est un créneau sur lequel nous misons pour nous développer, explique Christian Langloys, gérant. Cela nous permet notamment d’être référencés dans des enseignes de GMS (grandes et moyennes surfaces) à la recherche de ce type de produits émergents. En outre, cela nous amène un plus en termes d’image, de qualification et de qualité, qui rejaillit sur l’ensemble de la gamme.”

“Développer la valeur ajoutée et l’emploi”
C’est pour accompagner et favoriser ces démarches qu’a été créé en 2005 Organics Cluster Rhône-Alpes, un réseau d’acteurs privés et publics présents sur les marchés des cosmétiques, de l’alimentaire, du textile et des produits pour l’habitat. “L’objectif est de développer la valeur ajoutée et l’emploi dans ce secteur, par des actions collectives soutenues par le Conseil régional et par une aide à l’innovation, notamment grâce au programme Bio’Innov”, expose Nicolas Bertrand, coordinateur du réseau. Car le bio s’oriente vers des produits de plus en plus sophistiqués, à très forte valeur ajoutée. “Une de nos actions en cours concerne les actions marketing des producteurs de cosmétiques bio à l’export vers les Émirats arabes unis et l’Amérique du Nord. La demande explose sur ces marchés”, témoigne-t-il. Ici aussi, la mondialisation et l’adaptation aux exigences de la distribution sont en marche. Ce qui n’exclut pas pour autant les petits acteurs locaux. Le site Internet de vente en ligne nouveaux-producteurs.com en est la preuve. Conçu par Pierre Viennois et Raphaël Bossut, deux passionnés d’informatique issus du monde rural convaincus qu’Internet pouvait favoriser l’essor d’une production locale respectueuse de l’environnement, le site propose les produits d’une trentaine de producteurs locaux sélectionnés par les deux associés. “Nous assurons nous-mêmes la livraison deux fois par semaine dans un rayon de 30 kilomètres autour du siège de la société, à L’Isle-d’Abeau (Isère). Pour proposer des produits locaux partout en France, nous misons sur un développement par franchise de notre enseigne. Pour mailler tout le territoire, il faudrait un ‘nouveaux-producteurs.com’ tous les cent kilomètres environ. Un peu à contre-courant, nous croyons qu’Internet peut favoriser la distribution de produits locaux grâce à des circuits courts, puisque nous sommes le seul intermédiaire entre le producteur et le consommateur”, commente Pierre Viennois.

Le bio s’oriente vers des produits de plus en plus sophistiqués, à très forte valeur ajoutée.





Une clientèle urbaine
Livrant jusqu’au centre-ville de Lyon, le site nouveaux-producteurs.com touche ainsi une clientèle urbaine, souvent active, qui concilie son goût pour des produits plus naturels et un gain de temps sur les courses. Dans la région grenobloise, Didier Cotte, repreneur du Fournil de L’Eau Vive en 2000, a diversifié l’activité de son entreprise vers la distribution de produits bio. “Au pain frais certifié bio, nous avons ajouté la fabrication de pain précuit sous atmosphère protectrice, puis le pain précuit surgelé, vendu aux GMS et aux magasins bio équipés de terminaux de cuisson. Aujourd’hui, nous comptons dix magasins de centre-ville sous l’enseigne L’Eau Vive qui nous appartiennent en propre et proposent une large gamme de produits bio en dehors de la boulangerie. Nous sommes en train de nous développer par le biais de la franchise, avec trois projets d’ouverture de magasin en Rhône-Alpes”, explique Didier Cotte. Le gérant affirme connaître une croissance de 20 % par an depuis son arrivée à la tête de L’Eau Vive. “Le consommateur de centre-ville demande des produits frais qu’il ne peut pas se procurer directement chez un producteur”, ajoute Didier Cotte. Ce que Nicolas Bertrand traduit, lui, en ces termes : “La demande pour les produits bio augmente, mais les modes de consommation changent. Ce n’est pas parce que vous faites du bio que vous ne devez proposer que des produits non transformés et en vrac.” L’avenir du bio serait-il donc aux produits transformés ? “De plus en plus, les fabricants proposent des gammes bio en parallèle de leurs gammes traditionnelles : des biscuits, des pizzas ou des ravioles, tout peut se décliner en bio”, observe Jacques Pradier, le directeur de R3AP. Même s’il convient de relativiser la place du bio dans l’industrie agroalimentaire de Rhône-Alpes – 325 M€ de chiffre d’affaires sur un total de 8 Mds€ en 2006 –, la demande est là, émanant du particulier qui veut bien acheter des produits bio, à condition de garder les habitudes de consommation prises après des années de salades toutes prêtes avalées sur le pouce pendant la pause déjeuner, ou de plats préparés enfournés dans le micro-ondes en rentrant du bureau…

“Je préfère manger à la cantine… bio”
“La restauration collective représente un autre débouché important, également demandeur de produits préparés”, ajoute Jacques Pradier. Après avoir lancé une opération pilote d’introduction d’aliments bio locaux dans onze lycées, le Conseil régional cherche à étendre l’expérience. Plusieurs opérateurs témoignent de l’intérêt grandissant des municipalités pour des menus bio dans leurs cantines scolaires ou dans les restaurants de leur personnel. Au niveau national, la part du bio, qui était très faible, aurait ainsi triplé en 2007 dans la restauration collective. Mais toutes les demandes ne trouvent pas forcément preneurs actuellement. “On touche là à l’une des limites du développement du bio. En Rhône-Alpes comme en France, la demande est aujourd’hui plus forte que l’offre”, analyse Cécile Guyou, directrice de Bioconvergence, une association de producteurs et de transformateurs bio de Rhône-Alpes située à Valence. “Les transformateurs s’approvisionnent à 70 % en produits locaux, mais s’ils ne trouvent pas en Rhône-Alpes ce dont ils ont besoin, ils achèteront plus loin, ce qui, dans une démarche de développement durable, est problématique.” Une demande en telle augmentation, qu’elle pourrait à son tour favoriser les multinationales de plus en plus impliquées dans le bio au détriment des transformateurs locaux, en majorité des PME. “Le marché du bio est désormais mondial. C’est une tendance récente. Quand j’achète des céréales à un producteur local, je suis en concurrence avec des entreprises américaines ou australiennes. La hausse du prix des matières premières concerne aussi le bio, et aujourd’hui, c’est celui qui peut payer qui achète, acteur local ou pas…”, déplore Olivier Markarian.

“Le marché du bio est désormais mondial.”





Renforcer les liens entre l’amont et l’aval de la filière
Et alors que les matières premières locales partent à l’étranger pour être transformées, les fabricants locaux se tournent vers l’import pour s’approvisionner, non par manque de volume, mais par inadéquation entre l’offre et la demande. “J’achète aux Pays-Bas les légumes bio coupés et surgelés qui rentrent dans la composition de mes soupes. Il y a beaucoup de producteurs dans la région, mais nous manquons de préparateurs”, regrette Christian Langloys. L’association Bioconvergence a identifié le problème et insiste sur la “nécessité de renforcer les liens entre l’amont et l’aval de la filière bio locale”, notamment pour remédier aux problèmes les plus criants, comme l’irrégularité des volumes, des délais de livraison ou de la qualité, et ainsi “améliorer les circuits d’approvisionnement”. L’association préconise pour cela la contractualisation : “Dans une démarche de qualité et d’équité, il est important de contractualiser et de valider entre les deux parties la nature des échanges en termes de qualité, de quantité et de tarif.” Or aujourd’hui, seulement 28 % des transformateurs et des distributeurs de Rhône-Alpes contractualisent leurs relations avec leurs fournisseurs. “L’organisation de la filière, c’est le moyen de tenir dans la durée. Depuis vingt-cinq ans, nous avons contractualisé nos relations avec nos fournisseurs, qui sont eux-mêmes des producteurs. Il n’y a que des avantages. Sécurité des approvisionnements, qualité plus régulière, tarifs, et un aspect plus méconnu mais au moins aussi important : une traçabilité parfaite. Travailler en direct avec des producteurs sous contrat, c’est une relation géniale !”, se réjouit Brooks Wallin, président de Favrichon, fabricant de produits céréaliers à Saint-Symphorien-de-Lay, près de Roanne.

Donner un maximum d’informations aux clients
“Nous nous sommes engagés sur la durée avec nos fournisseurs qui, avec nous, ont été des pionniers dans les cosmétiques bio”, raconte Luc Jugla, gérant de Cosnessens. Le concepteur de produits cosmétiques basé à Grenay (Isère) s’est même associé avec une autre entreprise du secteur et des fournisseurs pour investir dans un site de production de matières premières. “Dans notre secteur, il s’agit d’un problème de flambée des prix plutôt que d’une véritable pénurie. Nous nous rapprochons de la production pour être moins dépendants des fluctuations des cours”, continue Luc Jugla. Pour des raisons voisines, Markal a lancé en 2007 “Notre filière bio”, un label maison qui formalise les relations avec plusieurs fournisseurs, signataires d’une charte en huit points (pas d’intermédiaire, engagement sur trois, cinq ou sept ans, traçabilité, rationalisation des transports, etc.). “Il s’agit d’abord de contractualiser des liens avec nos fournisseurs historiques, qui s’engagent dans une réflexion sur le développement durable et leurs méthodes de travail, en allant au-delà de la simple certification bio de leur production. Pour le moment, trois fournisseurs ont signé. Tous ne sont pas éligibles, mais nous allons poursuivre cette action, bien dans l’air du temps”, expose Olivier Markarian, qui revendique également le fait de communiquer sur cette initiative. “En plus des avantages de la formalisation de notre relation, nous offrons une vitrine aux producteurs via les pages consacrées à ‘Notre filière bio’ sur le site Internet de Markal. Il est important que nos clients aient accès à un maximum d’informations sur les fournisseurs. C’est aussi comme cela, en rapprochant le producteur du consommateur, qu’on bâtit une filière”, ajoute le dirigeant.






Quinze entreprises sous la bannière Rhône-Alpes
La communication sur l’image de la région, sur son savoir-faire, qui commence à être reconnu dans le bio, pourrait donc servir de ciment à cette filière bio rhônalpine en construction… “En février, nous avons accompagné quinze entreprises régionales au salon Bio Fach de Nuremberg (Allemagne), la principale manifestation professionnelle spécialisée en Europe, où elles ont exposé sous la bannière Rhône-Alpes. Nous avions fait la même chose l’an dernier à Natexpo, à Paris, l’équivalent français de Bio Fach. Les acheteurs viennent du monde entier, et le fait de pouvoir argumenter collectivement sur le thème de la première région française du bio suscite de l’intérêt. Plus les acteurs régionaux du bio pèseront, mieux ils seront reconnus”, argumente Jacques Pradier. Pour Brooks Wallin, il n’y a pas de doute : un acheteur professionnel de bio achète non seulement un produit mais aussi un savoir-faire, et cherche, ce faisant, à multiplier les garanties, notamment en termes de sécurité alimentaire. Et les signaux émis dans ce domaine vont dans le sens du développement du marché bio : “Ces derniers mois, nous avons gagné des marchés à l’export, notamment dans les pays anglo-saxons et en Afrique-du-Sud, suite à la décision de la France d’interdire sur son sol les cultures commerciales de plantes génétiquement modifiées”, rapporte le PDG de Favrichon. Le fait d’être identifié internationalement comme un territoire précurseur, où la synergie s’opère entre les acteurs d’une filière de plus en plus structurée, ne peut que jouer en faveur de la production locale. Et dans cette perspective, ce n’est plus seulement le secteur de l’agriculture et de la fabrication de produits de grande consommation qui est concerné, mais aussi tout ce qui constitue l’image d’une région : industrie, logement, urbanisme, transport, tourisme… Tous sont concernés par la vague bio.
M. Massip


Le fait d’être identifié internationalement comme un territoire précurseur ne peut que jouer en faveur de la production locale.

Ce dossier, réalisé pour la Chambre régionale de commerce et d’industrie, est diffusé par les magazines : 
Présences, Grenoble (34 000 ex.),
Info CCI, Haute-Savoie (30 000 ex.),
Partenaires Savoie (25 500 ex.),
Informations économiques, Saint-Étienne-Montbrison (20 000 ex.),
Grand Angle 01, Ain (19 000 ex.),
L’Économie drômoise (18 500 ex.),
Nord-Isère économie (14 400 ex.),
Roanne éco (10 000 ex.),
Entreprendre en Beaujolais (6 000 ex.).
Photos : F. Ardito (Nord-Isère, Isère, Savoie, Haute-Savoie), T. Béguin (Roanne), D. Gillet (Ain), D. Lattard (Drôme), P. Rony (Saint-Étienne). Tous droits réservés.