Une clientèle urbaine
Livrant jusqu’au centre-ville de Lyon, le site nouveaux-producteurs.com
touche ainsi une clientèle urbaine, souvent active, qui concilie son
goût pour des produits plus naturels et un gain de temps sur les
courses. Dans la région grenobloise, Didier Cotte, repreneur du Fournil
de L’Eau Vive en 2000, a diversifié l’activité de son entreprise vers
la distribution de produits bio. “Au pain frais certifié bio, nous
avons ajouté la fabrication de pain précuit sous atmosphère
protectrice, puis le pain précuit surgelé, vendu aux GMS et aux
magasins bio équipés de terminaux de cuisson. Aujourd’hui, nous
comptons dix magasins de centre-ville sous l’enseigne L’Eau Vive qui
nous appartiennent en propre et proposent une large gamme de produits
bio en dehors de la boulangerie. Nous sommes en train de nous
développer par le biais de la franchise, avec trois projets d’ouverture
de magasin en Rhône-Alpes”, explique Didier Cotte. Le gérant affirme
connaître une croissance de 20 % par an depuis son arrivée à la tête de
L’Eau Vive. “Le consommateur de centre-ville demande des produits frais
qu’il ne peut pas se procurer directement chez un producteur”, ajoute
Didier Cotte. Ce que Nicolas Bertrand traduit, lui, en ces termes : “La
demande pour les produits bio augmente, mais les modes de consommation
changent. Ce n’est pas parce que vous faites du bio que vous ne devez
proposer que des produits non transformés et en vrac.” L’avenir du bio
serait-il donc aux produits transformés ? “De plus en plus, les
fabricants proposent des gammes bio en parallèle de leurs gammes
traditionnelles : des biscuits, des pizzas ou des ravioles, tout peut
se décliner en bio”, observe Jacques Pradier, le directeur de R3AP.
Même s’il convient de relativiser la place du bio dans l’industrie
agroalimentaire de Rhône-Alpes – 325 M€ de chiffre d’affaires sur un
total de 8 Mds€ en 2006 –, la demande est là, émanant du particulier
qui veut bien acheter des produits bio, à condition de garder les
habitudes de consommation prises après des années de salades toutes
prêtes avalées sur le pouce pendant la pause déjeuner, ou de plats
préparés enfournés dans le micro-ondes en rentrant du bureau…
“Je préfère manger à la cantine… bio”
“La restauration collective représente un autre débouché important,
également demandeur de produits préparés”, ajoute Jacques Pradier.
Après avoir lancé une opération pilote d’introduction d’aliments bio
locaux dans onze lycées, le Conseil régional cherche à étendre
l’expérience. Plusieurs opérateurs témoignent de l’intérêt grandissant
des municipalités pour des menus bio dans leurs cantines scolaires ou
dans les restaurants de leur personnel. Au niveau national, la part du
bio, qui était très faible, aurait ainsi triplé en 2007 dans la
restauration collective. Mais toutes les demandes ne trouvent pas
forcément preneurs actuellement. “On touche là à l’une des limites du
développement du bio. En Rhône-Alpes comme en France, la demande est
aujourd’hui plus forte que l’offre”, analyse Cécile Guyou, directrice
de Bioconvergence, une association de producteurs et de transformateurs
bio de Rhône-Alpes située à Valence. “Les transformateurs
s’approvisionnent à 70 % en produits locaux, mais s’ils ne trouvent pas
en Rhône-Alpes ce dont ils ont besoin, ils achèteront plus loin, ce
qui, dans une démarche de développement durable, est problématique.”
Une demande en telle augmentation, qu’elle pourrait à son tour
favoriser les multinationales de plus en plus impliquées dans le bio au
détriment des transformateurs locaux, en majorité des PME. “Le marché
du bio est désormais mondial. C’est une tendance récente. Quand
j’achète des céréales à un producteur local, je suis en concurrence
avec des entreprises américaines ou australiennes. La hausse du prix
des matières premières concerne aussi le bio, et aujourd’hui, c’est
celui qui peut payer qui achète, acteur local ou pas…”, déplore Olivier Markarian. |
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“Le marché du bio est désormais mondial.” |